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Prothèses & Sein


Les prothèses mammaires sont soumises très fréquemment à des agitations, ou à des scandales, médiatiques, et ce sujet n’a jamais été aussi pertinent. Cela peut être expliqué par le fait qu’il s’agit  d’un sujet tabou dans notre société, et qui suscite beaucoup de fantasmes et d’interrogations. Aussi, il est effectivement très pertinent de préciser la vérité scientifique sur ce sujet, qui fait encore trop souvent l’objet de désinformation, ou d’amalgames. De façon à contribuer à apporter de la vérité scientifique sur ce sujet, nous vous avons réalisé un « questions-réponses » qui répond à 44 questions que l’on peut se poser sur ce sujet, que ce soit de la part des chirurgiens, ou de la part des patientes. Si vous ne trouvez pas une réponse à une question que vous vous posez dans ce Questions/réponses, n’hésitez pas à me contacter pour que je puisse vous répondre, et ensuite rajouter cette réponse à ce « questions-réponses » pour le rendre le plus complet possible, et ainsi utile aux patientes, médecins, scientifiques, ou journalistes, qui s’intéressent à ce sujet. 

 
 

Service rendu par les prothèses mammaires:

 

Le service rendu par les prothèses mammaires est immense, et cela est prouvé de façon quotidienne par la satisfaction des patientes. Les prothèses mammaires sont encore souvent indispensables en reconstruction mammaire après cancer, mais également dans les reconstructions liées à certaines formes de malformations ; et bien sûr, en chirurgie esthétique pour les patientes souhaitant une augmentation mammaire. Ce service rendu est souvent minimisé, car seuls sont montrés, dans les médias, les excès de cette chirurgie alors qu’une chirurgie utile, sérieuse et bienveillante est le plus souvent réalisée, de façon quotidienne.

 


 
 

Les problèmes liés aux prothèses:

 
 

  • La rupture prothétique
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    Les prothèses mammaires sont prévues pour avoir une durée de vie habituelle d’au moins 10 ans. En moyenne, à 10 ans, 8% des prothèses sont à changer du fait d’une rupture. Les ruptures plus précoces sont exceptionnelles, mais existent. Un changement de consistance (trop dure ou trop molle) doit alerter et doit faire pratiquer une échographie par un radiologue entrainé. En cas de rupture, la prothèse doit être changée sans urgence(une rupture intracapsulaire devient extracapsulaire avec un délai de plus d’un an).

     
     

  • Escroquerie des prothèses PIP
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    Grâce aux déclarations de matériovigilance faite régulièrement par les plasticiens français, auprès de l’AFSSAPS, actuellement ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament et produit de santé), a été mise en évidence une augmentation du nombre de ruptures de prothèses déclarées concernant cette marque de prothèses PIP. Ce taux de rupture anormal des prothèses PIP a conduit à une inspection sur le site de la société, et qui a mis en évidence des dysfonctionnements majeurs : le fabriquant remplaçait par une partie du gel de qualité médicale par de l’huile de silicone, ce qui induisait des adénopathies siliconiques et des ruptures prématurées des implants. La mise en évidence de ces dysfonctionnements a conduit à la décision de retrait de cette marque en mars 2010 ; et, finalement, à la faillite de la société. A la suite de cette escroquerie, la recommandation nationale a été de changer les prothèses PIP, et, aujourd’hui, pratiquement toutes les prothèses concernées ont été retirées, et remplacées par de nouvelles prothèses.

     
     

  • LAGC-AIM
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    La survenue de lymphomes anaplasiques à grandes cellules associées aux implants mammaires (LAGC-AIM) correspond au développement d’une réaction lymphomateuse  autour des implants  macrotexturés de type Biocell, de la marque Allergan (ce peut être Mac Ghan, Inamed ou Allergan, la marque ayant changé plusieurs fois de nom). Depuis 2014, nous avions pressenti qu’il s’agissait essentiellement de ces prothèses Biocell puisque tous les cas français avaient eu la trace de ce type de prothèses. Actuellement, il ne faut bien sûr plus implanter de prothèses macrotexturées Biocell. En cas de sérome sur prothèses Biocell, il faut être très vigilant, et rechercher systématiquement un LAGC-AIM.

     
     

  • Mesures ANSM
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    L’ANSM, devant ce problème de LAGC-AIM, a pris des mesures, en avril 2019, pour interdire la pose d’implants macro-texturés. Pour éviter de cibler trop précisément les implants Biocell, l’ANSM a interdit également la pose des prothèses macrotexturées d’autres marques, et également les prothèses enrobées de polyuréthane. Cette mesure est discutée par de certains confrères, et il est difficile d’avoir une position définitive sur ce sujet. Je pense qu’il fallait effectivement interdire les prothèses Biocell, qui sont bien responsables de la grande majorité des cas français connus. Il faudra probablement réévaluer cette décision pour les autres implants macrotexturés et pour les prothèses enrobées de polyuréthane. Un travail conjoint, des organismes professionnels, avec l’ANSM devrait permettre d’obtenir une position équilibrée.

     
     

  • Choix des prothèses mammaires
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    Actuellement il faut choisir les prothèses les plus sûres. Le choix est très important et le chirurgien doit choisir les implants les plus sûrs avec pour mot d’ordre « sécurité, sécurité, sécurité !». Nous préconisons de choisir des prothèses mammaires rondes, car elles ont de nombreux avantages [possibilité aisée de réaliser des massages pour limiter la coque péri-prothétique, pas de risque de rotation, pas besoin de macrotexture, risque faible de LAGC –AIM si utilisation d’une microtexture fine, consistance plus naturelle avec un gel moins cohésif, choix plus aisé des prothèses]. Mais, si on veut obtenir des résultats constants en augmentation mammaire, il faut utiliser dans environ 30% des cas une augmentation mammaire composite combinant l’utilisation d’une prothèse à l’utilisation du lipomodelage. Dans le cadre de la reconstruction mammaire, la reconstruction mammaire composite est utilisée dans tous les cas : en reconstruction immédiate nous réalisons dans un 1er temps une reconstruction mammaire par prothèse rétropectorale, puis 3 mois plus tard : un changement de prothèse et lipomodelage ; en reconstruction mammaire différée, nous utilisons dans un 1er temps un lambeau d’avancement abdominal avec mise en place d’une prothèse en position rétropectorale, puis 3 mois plus tard : lipomodelage, changement de prothèse et geste de symétrisation controlalérale. Avec ce protocole précis, nous arrivons à obtenir des bons et des très bons résultats dans l’immense majorité des cas. Ce choix de prothèses est actuellement le meilleur compromis pour tenir compte des recommandations de l’ANSM, et aussi maintenir une grande qualité des résultats morphologiques et esthétiques.

     
     

  • Surveillance des prothèses mammaires
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    La surveillance des prothèses mammaires est essentiellement clinique (par le médecin gynécologue qui réalise le suivi mammaire normal, et qui doit aussi de fait connaitre le sujet des prothèses), que ce soit en chirurgie réparatrice ou en chirurgie esthétique. A partir de 8 ans d’implantation, nous conseillons la réalisation d’une échographie annuelle faite par un radiologue connaissant bien ce sujet. L’échographie est très fiable pour la surveillance des prothèses mammaires, si le radiologue sénologue est expérimenté. Il est important que la patiente conserve sa carte des prothèses où apparaissent le type, la marque de la prothèse. Si la patiente a perdu sa carte, elle doit demander son compte rendu opératoire au chirurgien et, sur ce compte rendu, doivent être notées la marque et les références de l’implant avec le n° de série de la prothèse.

     
     

    Conclusions

     

    Le service rendu des prothèses mammaires est considérable, et elles sont souvent injustement accusées de tous les maux.

    Il est donc fondamental de bien connaitre ce sujet, pour remettre les choses à leur place, et permettre d’apporter aux patientes, scientifiques, et Médecins la vérité scientifique actuelle sur ce sujet.

    Le choix des prothèses mammaires est fondamental car toutes les marques ne se valent pas, et il faut choisir les plus fiables. Je conseille l’implantation de prothèses rondes à enveloppe à microtexture fine.

    Le suivi clinique annuel, et échographique à partir de 8 ans post-opératoires, est fiable. Dans tous les cas, la patiente doit revoir son chirurgien en cas de doute, et de principe à 10 ans post-opératoires, même si tout est parfait.

    Docteur Emmanuel Delay

    Le Docteur Emmanuel DELAY (Dr ED, Lyon) est chirurgien plasticien à Lyon. Il a été formé en France à Lyon (au CHU de Lyon Il est Ancien Interne des Hôpitaux de Lyon, ancien Chef de Clinique Assistant des Hôpitaux de Lyon, à l’Hôpital St-Luc, et au Centre Léon Bérard), à Toulouse (CHU Rangueil), en Belgique à Bruxelles (service Pr M LEJOUR), et aux ETATS UNIS, notamment à l’Emory University d’Atlanta (Pr J. BOSTWICK, Pr F NAHAI).