Augmentation mammaire naturelle, ou Augmentation mammaire par lipomodelage esthétique des seins, ou Lipoaugmentation

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Augmentation mammaire naturelle, ou Augmentation mammaire par lipomodelage esthétique des seins, ou Lipoaugmentation

Introduction

Les transferts graisseux au niveau des seins, appelés lipomodelage du sein, ont connu un développement très important ces dernières années. Nous avons initialement développé cette technique en 1998 pour compléter les résultats des seins reconstruits par lambeau de grand dorsal sans prothèse.

L’efficacité de cette technique nous a fait très vite élargir les indications, et depuis l’année 2000, nous l’utilisons dans la correction des seins tubéreux et des malformations du sein, et pour la chirurgie d’augmentation mammaire. Cette approche, après une période de scepticisme et de critique (propre à toute nouvelle technique innovante), est maintenant reconnue comme très efficace par la communauté scientifique des chirurgiens plasticiens français, que ce soit la SOFCPRE ou la SOFCEP, et étrangers (ISAPS). Le but de cet article d’actualités est de présenter notre expérience de la technique du lipomodelage pour l’augmentation mammaire, appelée aussi « Augmentation mammaire naturelle » ou Augmentation mammaire autologue.

 

Recommandations pour la prise en charge des patientes

Avant chirurgie 

En consultation, il est important d’évaluer le volume de graisse souhaité pour obtenir un volume satisfaisant et le nombre de sessions de lipomodelage nécessaires pour obtenir un bon résultat. Il faut également évaluer le volume de graisse dont on peut disposer et le nombre de séances de prélèvement dont on dispose. Le plus important est de confronter ces deux évaluations. En effet, si la patiente dispose de peu de graisse, cela peut remettre en cause l’indication. Concernant les seins tubéreux, il faut une à deux séances de lipomodelage pour obtenir un résultat satisfaisant. Pour les augmentations bilatérales purement esthétiques habituellement une seule session est nécessaire (gain d’un bonnet de soutien gorge) mais on peut réaliser 2 sessions à 3 mois d’intervalle si la patiente désire une augmentation plus marquée (2 bonnets) et qu’elle dispose d’un potentiel adipeux suffisant.

Il faut également vérifier que la patiente ait un poids stable car le changement de poids pourrait induire un changement du volume mammaire (fonte du volume mammaire si amaigrissement ; augmentation du volume mammaire si prise de poids).

Enfin, on réalise un bilan d’imagerie du sein avant intervention avec une échographie mammaire par un radiologue référent avant 30 ans, et mammographie + échographie après 30 ans.

 

Pendant l’intervention

Durant l’intervention chirurgicale, la technique doit être très méticuleuse et réalise un transfert graisseux dans tous les plans, des côtes jusqu’à la peau. Il est important de respecter le phénomène de saturation des tissus receveurs : lorsque les tissus receveurs sont saturés de graisse, il faut arrêter le transfert graisseux, sinon on risque d’obtenir des zones de cytostéatonécrose. La technique semble simple, mais doit être  très précise, et est en fait très opérateur-dépendante.

 

Après chirurgie : 

Il faut accompagner la patiente dans la période postopératoire avec perte modérée du volume mammaire (perte de l’œdème pendant le premier mois, puis résorption de 30% du volume transféré sur 3 mois avec un résultat stable à 3 mois post-opératoires), modification de forme et de consistance avec une consistance très naturelle, très proche d’un sein normal.

Il faut apprendre à éviter et à gérer les zones de cytostéatonécrose si elles surviennent, et ceci essentiellement par des ponctions qui se font en consultation, à l’aiguille 18 G.

Enfin, il faut un bilan d’imagerie réalisé à 1 an par un radiologue référent de façon à avoir une image de référence du sein traité.

 

 

Sécurité chirurgicale de l’intervention, et Résultats :

Cette intervention de lipomodelage est techniquement très sûre puisque nous n’avons pas relevé de complications importantes liées à son utilisation. En particulier, il n’y a pas eu d’infection, ni de pneumothorax dans cette série dans le traitement des asymétries mammaires et des augmentations esthétiques. Sur ma série personnelle de 1850 lipomodelages (réalisée entre 1998 et février 2014, pour toute indication confondue), nous avons eu 11 infections traitées par antibiotiques et application de glace localement. Ces infections n’ont pas eu de conséquence négative à long terme. 

Concernant les complications mineures, il a été noté 3% de cytostéatonécrose et 10% de kystes huileux. Ces kystes huileux superficiels peuvent être traités aisément par une ponction simple en consultation. Ceci permet de confirmer le diagnostic et de traiter la lésion. Pour limiter ce risque de cytostéatonécrose et de kyste huileux, l’expérience aide beaucoup

L’imagerie n’a pas montré d’image délétère mais a retenu essentiellement quelques kystes huileux ne posant pas de diagnostic différentiel avec un cancer du sein pour la surveillance mammographique et échographique future dans le cadre du dépistage du cancer du sein.

L’évaluation du résultat a été très favorable et a retenu essentiellement des bons et des très bons résultats. A noter : deux patientes présentant une asymétrie importante ont pris du poids et ont eu une asymétrie avec développement du sein plus important du côté ayant eu le plus de transferts graisseux (confirmant la nécessité de garder un poids stable après ce type d’interventions).

 

Conclusion

La technique du lipomodelage est un progrès important en augmentation mammaire. En augmentation mammaire esthétique, elle permet de réaliser une augmentation modérée, de consistance et d’aspect très naturels, qui l’a fait qualifier d’ « Augmentation mammaire naturelle ». Cette technique est également un progrès important pour la correction des asymétries mammaires.

Un bilan d’imagerie par un radiologue référent est nécessaire avant l’intervention, et un an après l’intervention. 

Des symposiums d’enseignement ont été organisés par notre équipe depuis plusieurs années, qui ont déjà permis de former un peu plus de la moitié des chirurgiens plasticiens français, qui doivent maintenant développer leur propre expérience. Ainsi, cette technique doit pouvoir maintenant être intégrée en routine dans l’arsenal thérapeutique des augmentations mammaires esthétiques, et des asymétries mammaires. Une information scientifique équilibrée et adaptée est nécessaire pour faire connaître cette intervention aux indications nombreuses (30% de la population féminine présente une stéatomérie, et souhaiterait une augmentation modérée du volume des seins.

 

Références

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Dr Emmanuel DELAY

Le Docteur Emmanuel DELAY (Dr ED, Lyon) est chirurgien plasticien à Lyon. Il a été formé en France à Lyon (au CHU de Lyon Il est Ancien Interne des Hôpitaux de Lyon, ancien Chef de Clinique Assistant des Hôpitaux de Lyon, à l’Hôpital St-Luc, et au Centre Léon Bérard), à Toulouse (CHU Rangueil), en Belgique à Bruxelles (service Pr M LEJOUR), et aux ETATS UNIS, notamment à l’Emory University d’Atlanta (Pr J. BOSTWICK, Pr F NAHAI).

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