La Chirurgie Plastique est-elle un Art ?

Le sujet de l’Art en chirurgie plastique est un sujet tabou au sein de la profession des chirurgiens. Pourtant, l’aspect artistique de la Chirurgie Plastique est bien au cœur de notre métier. Le Chirurgien Plasticien, qui ne doit pas se prétendre Artiste, doit pourtant pratiquer son métier comme un Art (avec l’attrait pour l’Art, le goût du beau, et la créativité artistique), avec la rigueur et la précision d’un chirurgien et d’un scientifique.

 

Le sujet de l’Art en chirurgie plastique est un sujet tabou au sein de la profession chirurgicale, et est souvent source de taquineries ou de jalousies de la part de nos confrères d’autres disciplines médicales (« Il se prend pour un artiste !»)  Pourtant, cet aspect artistique de la chirurgie plastique est bien au cœur de notre métier. C’est cet aspect artistique qui sépare un bon résultat (une intervention réussie aux suites simples) d’un très bon résultat ou simplement d’un « beau résultat ». Pour obtenir ce « beau résultat », il faut donner un peu plus que le « minimum chirurgical », tendre vers l’excellence, le « beau », et donner tout son cœur pour cela. Est-ce pour autant un Art ? L’Art est défini comme une activité humaine qui s’adresse délibérément aux sens, aux émotions, à l’intellect, et aux intuitions. L’Art est considéré comme le propre de l’humain, et l’objectif de l’Art est d’atteindre le beau. Cette définition de l’Art est la définition classique, elle recouvre principalement la sculpture, la peinture, l’architecture, les arts graphiques, la musique, la poésie, la danse et la littérature. On peut y ajouter d’autres arts comme le cinéma, le théâtre, la photographie, la bande dessinée, ou la mode. Cette classification des arts n’est pas universelle, il semble illusoire de retrouver une définition et une classification unanimes à l’Art qui est, par essence même, subjectif. Nous excluons de notre propos, l’extension plus récente de l’Art à des domaines qui ne font plus appel « au beau », mais à des productions humaines, plus ou moins abstraites, n’intégrant pas la notion de beau dans le résultat à produire.

Nous travaillons ici sur l’hypothèse d’un chirurgien plasticien qui est à la recherche du « beau résultat », qui ne se prétend pas « Artiste », mais qui pourrait l’être sans le savoir via l’exigence de sa formation artistique, sa sensibilité, sa passion, sa persévérance et sa créativité. Le chirurgien plasticien est un chirurgien qui agit sur l’enveloppe corporelle. Il est le chirurgien du visible, paradoxalement sa trace doit être la plus invisible possible. Les résultats, rapidement visibles, sont une leçon d’humilité et une source d’apprentissage permanent pour le Chirurgien Plasticien. La chirurgie Plastique est une branche de la chirurgie. Le métier de chirurgien est basé sur la transmission des savoirs et sur le compagnonnage, et l’on apprend auprès de ses maîtres chirurgicaux, comme on apprenait autrefois auprès de ses maîtres en Art. Cet Art est basé sur un savoir-faire transmis par les maîtres, puis ce  savoir-faire doit s’améliorer ensuite en permanence, avec l’exigence dans son travail, tout au long de la vie, pour obtenir les meilleurs résultats possibles. Notre métier est un travail d’expérience +++, et si cette expérience est confrontée en permanence aux avancées techniques et scientifiques, aux fruits de l’évaluation quotidienne permanente, l’expérience permet de nourrir des résultats de plus en plus satisfaisants. Notre métier doit être comme un Art, pratiqué avec passion, persévérance, talent, don de soi, et pensée créatrice. Notre travail est proche de celui d’un artiste travaillant sur les formes et la matière et, pour obtenir un beau résultat, il faut donner à chaque intervention tout son cœur pour cela. La difficulté de cette approche artistique dans notre métier est que nous sommes tenus à la modestie, à la rigueur, et à l’évaluation scientifique. Car, si un artiste-peintre peut refaire une nouvelle toile, nous ne pouvons faire de même, chaque personne étant unique et attendant le meilleur résultat possible pour elle-même, et pour nous, chirurgiens Plasticiens, l’exigence artistique doit aller de pair avec une exigence de sécurité et de fiabilité.  Ces contraintes, à prendre en compte dans notre métier, peuvent aboutir à des compromis nécessaires dans certains cas complexes et difficiles, lorsque la peau est abîmée, les tissus relâchés, ou que les antécédents de radiothérapie pénalisent les possibilités du résultat.

La chirurgie Plastique, Reconstructrice, et Esthétique est donc d’abord une discipline chirurgicale et, dans cette approche, nous devons avoir la même rigueur technique irréprochable que la chirurgie la plus exigeante +++. La chirurgie plastique ne peut être pratiquée avec sécurité et efficacité qu’avec une solide expérience chirurgicale. La chirurgie plastique est basée en effet sur des connaissances anatomiques, physiologiques, techniques et médicales, qui doivent être combinées avec la compréhension des aspects psychologiques concernant la face et le corps. Des principes chirurgicaux, comme la réponse physiologique de la peau aux traumatismes, la cicatrisation, la prévention du traitement des complications s’appliquent plus à la chirurgie plastique qu’à n’importe quelle autre spécialité chirurgicale ; car dans notre discipline, tout doit être fait pour éviter au maximum le risque chirurgical. Des années d’expérience en chirurgie reconstructrice, et la connaissance précise de l’anatomie chirurgicale sont des éléments clés de la réussite d’une intervention de chirurgie plastique pratiquée avec « Art ». En chirurgie reconstructrice, nous appliquons notre art et notre talent pour recréer le mieux possible le « normal » ; en chirurgie esthétique, nous appliquons notre « Art » pour donner le meilleur résultat esthétique possible. L’apparition de nouvelles techniques ou de nouvelles technologies peuvent conduire à réévaluer des techniques plus anciennes voire, dans certains cas, d’en abandonner certaines, moins efficaces. Ces processus d’évaluation chirurgicale et d’évaluation des résultats sont nécessaires, et même indispensables. Ils doivent être suivis avec beaucoup d’attention et de sens critique pour n’appliquer dans sa pratique que les techniques les plus sûres et donnant les meilleurs résultats esthétiques possibles. La pratique assidue de congrès nationaux et internationaux (avec cet état d’esprit en tête de formation continue) est une aide majeure dans ce but. Cette pratique permet d’affiner au mieux son sens artistique, la qualité de ses résultats et la rigueur de son travail, en les confrontant aux meilleurs spécialistes mondiaux. Dans le même esprit, je considère qu’il est de mon devoir moral de partager mes connaissances, et d’offrir à la communauté les avancées techniques que je mets au point dans ma pratique chirurgicale intensive. Nous rejoignons ici la tradition ancestrale de transmission des savoirs et d’amélioration du savoir-faire telle que les transmettais les maîtres de la renaissance aux jeunes peintres et sculpteurs.

La Chirurgie plastique est donc pour moi une forme d’Art, qui réunit créativité, dynamisme,      sens artistique, humanisme, et qualités humaines. Elle représente pour moi une motivation vers l’excellence et la complétude chirurgicale nourrissant mon engagement et ma passion pour la Chirurgie Plastique, sans cesse renouvelée par la reconnaissance et le bonheur de nos patients. Le Chirurgien Plasticien, qui ne doit pas se prendre pour un artiste, doit finalement pratiquer son métier comme un art, mais avec la rigueur et la précision scientifique d’un chirurgien. Pour donner un sens artistique à son travail chirurgical, il faut en effet à mon sens un mélange subtil d’assurance et d’humilité et lorsqu’une patiente me dit : « Docteur, vous êtes un artiste ! », je fais volontiers mienne la phrase de Ralph Millard : « Qui travaille avec ses mains est un ouvrier ; qui travaille avec ses mains et son cerveau est un artisan ; qui travaille avec ses mains, son cerveau et son cœur est un artiste ». Au sens de Millard, j’accepte le compliment puisqu’il correspond à mon engagement de donner le meilleur de moi-même pour donner le meilleur résultat possible, en donnant tout mon cœur et toute mon âme à la réussite esthétique de l’intervention.

 

La Chirurgie Plastique, comme toute chirurgie, peut comporter des risques. Le but d’un très bon chirurgien plasticien est de les limiter au maximum. Nous avons le devoir moral d’offrir à nos patients un résultat sûr et fiable, en prenant les mesures nécessaires pour limiter au maximum le risque de complications et de morbidité. Assurer la sécurité du patient et minimiser les risques, commence à la consultation initiale (le temps le plus important à mes yeux), continue avec la préparation préopératoire, la technique opératoire précise avec un sens artistique durant l’intervention, puis par la réalisation d’un suivi et de soins postopératoires consciencieux.  L’approche artistique s’exprime aussi dans la Chirurgie Plastique par la sensibilité du Chirurgien Plasticien, qui doit être au service de la personne avec toute son humanité. Cette approche, telle que nous la concevons, doit être une approche humaniste et individuelle, prenant en compte la personnalité propre de la personne +++.  La chirurgie plastique est finalement un Art vivant, en perpétuelle évolution. Les interventions sont en effet continuellement améliorées et affinées par l’évolution des techniques et de la science, mais aussi par l’expérience exigeante du Chirurgien Plasticien, pour finalement essayer d’offrir à chaque patiente le meilleur résultat possible pour son propre cas.

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