Freins au changement

Les freins au changement de comportement peuvent être multiples, et sont souvent bien enracinés. Ils peuvent expliquer la mise en échec des différents traitements mis en œuvre auparavant et qui ont abouti à l’obésité chronique. Ces freins peuvent être conscients, ou le plus souvent inconscients– c’est ce qui justifie l’importance du travail psychologique, et de l’accompagnant bienveillant prolongé. Ils peuvent être en rapport avec des facteurs intrinsèques à la personne, ou extrinsèques en rapport avec la famille, et/ou en rapport avec des facteurs environnementaux. Il est important de connaître ces freins, de bien mettre en évidence leur place, et de les élaborer pour progressivement les dépasser l’un après l’autre. La posture éducative du médecin, ou du soignant en général, notamment dans la détermination du ou des changement(s) de comportement, est un élément susceptible de freiner, voire de bloquer le processus de changement de la personne. Il est crucial que les médecins et les soignants, participant à la prise en charge de la personne, prennent le temps de donner du sens au projet de changement de la personne, et soutiennent l’élaboration par la personne elle-même des changements recommandés dans un processus d’auto-détermination +++. Il est en effet reconnu que le facteur le plus important dans le changement est la motivation de la personne elle-même +++. Il est fondamental que les soignants veillent à ne pas enfermer le patient dans des comportements qui ne lui conviendraient pas, ou qui le mettraient en difficulté psychologique (cela pourrait conduire à une perte de l’estime de soi ; or, l’estime de soi est un élément clé de la réussite à long terme d’un amaigrissement adapté et durable). De nombreux freins sont à rechercher du côté du patient et du côté de la famille du patient. C’est tout le talent du Médecin et des soignants de mettre en évidence et d’élaborer ces différents freins au changement, pour que la personne puisse progressivement les faire sauter, et aboutisse à son plein accomplissement. Chaque personne est unique, et chaque histoire est singulière, cependant la pratique et l’expérience clinique permettent de mettre en évidence des freins que l’on retrouve souvent. La liste et les exemples, que nous donnons ici, peuvent aider les personnes en surpoids à prendre conscience de ces résistances et freins ; en lisant ces éléments, les personnes peuvent « se reconnaître » dans la conjonction de plusieurs facteurs, et cela peut aider au diagnostic global et à la prise en charge car chaque frein doit être progressivement enlevé pour pouvoir avancer. Cela peut aider à amorcer le travail psychothérapeutique en tête à tête en donnant du « grain à moudre » au début du travail ; puis régulièrement en cours de travail psychologique, la relecture de ce chapitre peut permettre de relancer l’échange et la thérapie, et d’aller plus loin lorsqu’on a compris certaines résistances. Cette liste peut aider également les médecins à trouver ces freins, lorsque ceux-ci « ne sautent pas aux yeux », et que l’on n’avance pas. Parmi les nombreux freins à rechercher, on peut retenir :

– motivation de changement provenant de la famille, et non du patient lui-même (motivation extrinsèque et non intrinsèque comme cela doit être le cas : chacun est responsable de sa vie, l’élément moteur doit venir de la personne concernée +++) ;

non-conscience des enjeux de santé en rapport avec le comportement alimentaire (le patient ne voit pas pourquoi il changerait de comportement, car il ne se sent pas malade lui-même « les médecins m’ont demandé de perdre du poids » ; à reformuler par : « j’ai compris que je devais perdre du poids, et j’ai décidé de tout mettre en œuvre pour perdre du poids ») ;

manque d’énergie induit par les troubles du sommeil comme le syndrome de l’apnée du sommeil (SAS), des médicaments, ou une pathologie associée ;

faible disponibilité psychique (gros problèmes personnels, problèmes familiaux, et problèmes environnementaux ex : harcèlement par une personne) ;

caractère défavorable pour le patient de la balance bénéfices/contraintes (les changements envisagés pour le patient sont vécus comme trop contraignants, et les objectifs ne sont pas suffisamment partagés par la personne) ;

expérience antérieure négative (nombreux échecs de « régimes anti-obésité », tentatives avortées de pratique du sport en général, échecs de différents pratiques du sport, ou bien non-acceptation de la personne par l’environnement sportif) ; un échec ou une difficulté sont une chance de repartir de plus belle en comprenant les causes et en faisant les corrections nécessaires pour se donner les chances de réussir ;

autre priorité de vie actuelle (le souci du patient est actuellement par exemple de trouver un travail avant de commencer cette prise en charge) ;

revenus financiers insuffisants, grande précarité, isolement social et familial (d’où l’importance d’un diagnostic global de vie prenant en compte tous les facteurs de la vie) ;

absence de soutien des proches qui ne comprennent pas bien la motivation de la personne, ou ne seront pas prêts à l’aider suffisamment (ex : toute la famille est en surpoids, et la famille ne comprend pas pourquoi vouloir changer) ;

stress professionnel : harcèlement au travail par exemple, ou sentiment d’impossibilité à faire face à la charge de travail, voire « burn-out » professionnel ; incapacité à dire non à son chef lors d’une surcharge de travail alors que le poste est déjà surchargé (cf ce paragraphe dans facteurs psychologiques) ;

stress environnemental (comme des sentiments d’insécurité dans le lieu d’habitation ou pour rentrer chez soi- ex peur d’être agressée ou peur d’être violée ou seulement de subir des paroles déplacées) ;

environnement de la résidence, ou environnement du travail qui limitent l’accessibilité des structures adaptées pour la pratique du sport. Il faut parfois que la motivation du patient soit importante pour accepter de déménager et construire son avenir personnel et professionnel à côté de structures d’équipements sportifs permettant une prise en charge sportive suffisante.

troubles de l’humeur (dépression ancienne, ou dépression réactionnelle à un deuil ou plusieurs deuils, notamment deuils des parents ou d’enfants) ; une prise en charge première de la dépression est indispensable avant de se lancer dans le projet ambitieux de la prise en charge du surpoids ;

– conduites d’évitement, comme l’impulsivité alimentaire de l’hyperphagie boulimique, qui échappe à la volonté (nécessité d’une prise en charge spécifique auprès d’un psychiatre spécialisé dans les problèmes d’anorexies-boulimies);

sentiment d’efficacité personnelle faible, et impression de ne pas avoir les moyens de se prendre en charge pour modifier son comportement ;

faible estime de soi : un travail spécifique, avec participation à des groupes d’affirmation de soi, peut grandement aider à passer un cap ;

bénéfices secondaires professionnels éventuels induits par la maladie, ou par les complications de la maladie (mise en invalidité, travail adapté moins contraignant, arrêts de travail répétés en rapport avec les complications) ;

bénéfices secondaires familiaux importants (toute la famille s’est réorganisée en fonction de ce problème ; il faut souvent que plusieurs membres de la famille soient pris en charge pour modifier les choses ; et il faut parfois même envisager une véritable thérapie familiale ;

opposition du conjoint (consciente ou inconsciente) à la perte de poids de la personne. Pour certains conjoints, vivre avec une personne obèse est paradoxalement rassurant, et lorsque la personne obèse veut perdre du poids, cela peut engendrer une anxiété du conjoint aboutissant parfois à une opposition (il est important de mettre en évidence et d’élaborer ce mécanisme complexe pour pouvoir aider la personne et éventuellement aider le conjoint) ;

phobie sociale traduisant souvent une agoraphobie (peur des espaces ou des lieux très fréquentés), anxiété de séparation ;

toute grande anxiété +++, parfois non connue de la personne et de l’entourage, car la personne peut avoir l’habitude d’écouter les soucis des autres, et de les rassurer « en prenant sur elle » (les autres peuvent la percevoir comme rassurante), et en consommant une partie de son énergie psychique dans ces échanges) ;

impossibilité de dire non (souvent associée avec l’anxiété, chez les personnes qui écoutent trop les soucis des autres personnes, sans savoir « digérer » le stress induit, et sans supervision adéquate (n’est pas psychologue qui veut ! et écouter les autres est un métier difficile, qui génère du stress ; et le psychologue doit être supervisé pour pouvoir évacuer et élaborer ce « trop-plein de stress » ; les groupes d’affirmation de soi peuvent aider grandement dans ces situations pour apprendre à dire non ; d’autre part, inconsciemment « grossir, c’est se protéger », aussi apprendre à dire non et à se protéger (« non, je ne pourrai pas tenir ce délai », par ex ) est en enjeu essentiel dans la démarche d’amaigrissement ;

difficulté avec le regard de l’autre : il s’agit d’une situation fréquente chez le sujet obèse qui craint le regard de l’autre, et qui peut s’en servir comme alibi pour freiner l’activité sportive, notamment la natation ; sachant que cette activité physique est fondamentale pour amorcer le cercle vertueux dont on a parlé plus haut ++++ ;

– troubles de la motricité en rapport avec des problèmes ostéo-articulaires comme l’arthrose du genou, de la hanche, ou des chevilles ; ou une polyarthrite type polyarthrite rhumatoïde, ou des problèmes nerveux (polynévrite par exemple ;

– déficits sensoriels associés (comme les troubles de la vision ou de l’audition) ; un traitement spécifique (parfois simple, comme traiter une cataracte) est fondamental dans ces situations ;

phénomènes d’hypoglycémie, entrainant des épisodes de « grande fatigue » chez le diabétique maitrisant mal sa glycémie, poussant à compenser l’hypoglycémie par la prise d’aliments sucrés (cercle vicieux très délétère).

Toute atteinte corporelle limitant l’accès à l’activité physique et à la pratique du sport. Il sera fondamental de trouver l’activité physique adaptée ++++ que chaque personne pourra faire, en tenant compte de sa particularité physique et de son éventuel handicap. Mais même les personnes handicapées peuvent trouver plaisir et utilité à la pratique régulière du sport.

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