Le concept de stéatomérie 

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Le concept de stéatomérie 

Le concept de stéatomérie : 
un concept méconnu  mais très important à connaître

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Le tissu graisseux est un tissu qui peut subir des modifications importantes de volume au cours de la vie, notamment en fonction des apports alimentaires et nutritionnels. L’excès majeur de tissu graisseux conduit à l’obésité, qui lorsqu’elle est importante, entraîne des problèmes métaboliques et médicaux importants (diabète, hypertension, problèmes cardio-vasculaires), sources de complications posant de véritables problèmes de santé publique.  D’une façon générale, on peut distinguer dans les tissus graisseux, deux types de graisse : la graisse métabolique et la graisse génétique. La graisse métabolique varie avec le régime et les apports alimentaires et a une répartition diffuse. La graisse génétique, elle, correspond à une ou à des stéatomérie(s) (stéato=graisse & mérie=partie) formant une graisse qui, lorsqu’elle a été constituée, a beaucoup de mal à être perdue. Il s’agit d’un véritable « compte en banque bloqué » (formule chère au Dr Jean-Claude Dardour de Paris, qui a beaucoup travaillé dans le passé avec Le Dr R Vilain et le Dr YG Illouz sur les surcharges graisseuses), la graisse métabolique constituant alors le  «compte courant ».

Le concept de stéatomérie se définit comme une zone graisseuse d’origine familiale et génétique, qui a été constituée d’un point de vue finaliste et évolutif pour servir de réserve et faire face aux famines. Aujourd’hui, les famines ont heureusement disparu dans les pays développés, si bien que ces zones  augmentent en fonction de l’excès d’apport alimentaire. Le fonctionnement de la stéatomérie peut se résumer ainsi : toute calorie en excès, par rapport au métabolisme global de la personne,  se met en stock dans la stéatomérie. Il est ainsi facile de stocker dans cette zone stéatomérique, mais très difficile de déstocker (« compte bloqué »).

Pourquoi est-il fondamental de bien comprendre ce concept de stéatoméries ? Parce que la non connaissance de cette réalité peut conduire :

  • au développement d’une obésité d’abord segmentaire, puis plus globale par phénomène de découragement suite aux échecs des régimes successifs ;
  • à des échecs de traitements de l’obésité et du surpoids, notamment par les régimes car la graisse stockée ne se déstocke effectivement qu’en cas d’apport nutritionnel mineur (« Docteur, je ne mange presque plus rien et ne maigrit pas ! »), difficilement compatible avec une vie normale. Les syndromes segmentaires inférieurs peuvent même conduire aux échecs des interventions privatives de traitement de l’obésité, qui ne sont d’ailleurs pas, pour cela, de bonnes indications.

Ainsi, il est très important de faire le diagnostic précoce de ces stéatoméries. En général, il y a un contexte familial (qui peut cependant sauter une génération, car l’expressivité est variable) permettant d’évoquer ce diagnostic. Lorsqu’on s’aperçoit que la personne a tendance à stocker à un endroit de l’organisme, il faut en faire le diagnostic précoce et limiter absolument les apports alimentaires, et prendre en charge le ou la patient(-e). Il serait très important que les pédiatres connaissent ce concept de stéatomérie, pour conseiller les enfants et les adolescents avant qu’une stéatomérie importante ne s’installe.

La présentation clinique de ces stéatoméries peut être une simple zone graisseuse localisée et limitée : par exemple en région sous-mentale ou en région sus-iliaque ou, peut au contraire, constituer de véritables syndromes segmentaires. La stéatomérie la plus fréquente et la plus connue est la culotte de cheval. Il peut exister des syndromes plus importants avec : des syndromes de la moitié supérieure du corps, des syndromes de la moitié inférieure, ou des syndromes du tiers moyen. La stéatomérie abdominale intra et extra-abdominale est globalement moins bonne pour la santé et est connue pour donner plus de problèmes cardiovasculaires et de diabète. Son diagnostic précoce est donc fondamental pour conseiller au mieux les patient(-e)s.

La prise en charge des patient(-e)s ayant une stéatomérie doit être triple :

  • Prise en charge nutritionnelle de façon à limiter les apports alimentaires en évitant tous les aliments riches en calories (charcuterie, fromage, soda, sucrerie). Il est important que la personne comprenne qu’elle a un besoin alimentaire faible et que, si elle dépasse ce besoin alimentaire faible,  son organisme est conçu génétiquement pour stocker au niveau de la stéatomérie et il sera alors très difficile de déstocker cette graisse mise en stockage.
  • Prise en charge sportive : il est important que la personne puisse entretenir son organisme et perdre un peu plus de calories qu’une autre personne sans stéatomérie de façon à avoir une alimentation plus facilement tolérable en terme de calories et acceptable d’un point de vue de la vie en communauté.
  • Enfin, une prise en charge psychologique est souvent indiquée car, dans les contextes de surpoids, peuvent exister des phénomènes d’anxiété qui peuvent être compensés inconsciemment par une prise alimentaire plus importante que nécessaire, et dans le cadre qui nous intéresse ici, redoutablement efficace sur le développement des stéatoméries.

Une fois que la stéatomérie est constituée, que ce soit de façon isolée ou dans le cas d’un syndrome segmentaire, la seule solution est la liposuccion de façon à enlever l’excédent localisé de cellules graisseuses. Plus la liposuccion a lieu de façon précoce, meilleurs seront les résultats car le facteur limitant de la liposuccion est la qualité de la peau et ses capacités rétractiles qui se restreignent avec l’âge et avec la distension cutanée. Par contre, les obésités diffuses relèvent, elles, d’un régime et d’un amaigrissement global.

Il est important de prendre en charge ces patients très tôt afin d’éviter une distension cutanée très importante qui ne permettra pas la  rétraction cutanée et obligera à de résections cutanées (abdominoplastie, lifting de la face interne des cuisses ou des bras ou bodylift). Ces interventions sont sources de séquelles cicatricielles importantes et l’on comprend très bien l’intérêt d’une prévention et d’une information très précoce des patients.

En conclusion, le concept de stéatomérie est relativement méconnu mais est très important à connaître des patient(-e)s et des médecins. Il est important que les pédiatres, les nutritionnistes et tous les médecins ayant rapport au traitement du surpoids et de l’obésité soient au fait de cette réalité. Il est fondamental d’éduquer très rapidement les patient(-e)s sur ce concept,  de façon à ce qu’ils limitent les apports alimentaires pour ne plus stocker au niveau des stéatoméries, et puissent bénéficier de façon précoce, d’une liposuccion sur les stéatoméries concernées.

Dr Emmanuel DELAY

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Dr Emmanuel DELAY

Le Docteur Emmanuel DELAY (Dr ED, Lyon) est chirurgien plasticien à Lyon. Il a été formé en France à Lyon (au CHU de Lyon Il est Ancien Interne des Hôpitaux de Lyon, ancien Chef de Clinique Assistant des Hôpitaux de Lyon, à l’Hôpital St-Luc, et au Centre Léon Bérard), à Toulouse (CHU Rangueil), en Belgique à Bruxelles (service Pr M LEJOUR), et aux ETATS UNIS, notamment à l’Emory University d’Atlanta (Pr J. BOSTWICK, Pr F NAHAI).

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