LE TRAVAIL AU BLOC OPERATOIRE : UN TRAVAIL D’EQUIPE

Share

LE TRAVAIL AU BLOC OPERATOIRE : UN TRAVAIL D’EQUIPE

Si compétence, habileté, expérience sont les qualités attendues d’un très bon chirurgien, celui-ci ne pourra pratiquer son Art -dans les meilleures conditions possibles- que si son équipe est efficace, performante et sûre.

 

Les qualités du chirurgien du chirurgien au bloc opératoire sont bien connues. On attend d’un très bon chirurgien : compétence, habileté, rapidité, et expérience. Si le savoir-faire du chirurgien est effectivement  capital, celui-ci ne pourra pratiquer son Art, avec constance et sûreté, qu’avec une équipe remarquable. Le chirurgien doit se sentir épaulé, porté et encouragé par toute l’équipe. Le chirurgien doit sentir qu’en cas de souci, l’équipe sera là pour le soutenir, pas forcément en parlant, mais en l’entourant, en lui emportant son savoir et sa disponibilité.

Au bloc opératoire, « c’est comme dans la vie », c’est lorsque tout va bien qu’il faut préparer l’avenir, et faire en sorte que l’équipe soit soudée, efficace, et bienveillante. Il faut savoir la motiver, l’animer, et surtout la valoriser. Il faut savoir remercier régulièrement l’équipe, non seulement par courtoisie, mais remercier sincèrement pour avoir participé à la journée opératoire qui s’est bien passée : les interventions se sont bien déroulées, le travail a été bien réalisé, les vérifications ont été effectuées, et le résultat des interventions s’annonce bon. Chacun a alors le sentiment d’avoir bien joué son rôle, et ressent le sentiment du travail bien fait. Chaque élément de l’équipe doit être remercié : le brancardier, l’aide-opératoire, l’instrumentiste, la panseuse, l’anesthésiste et l’infirmière anesthésiste. Pour chaque intervention, je veux être sûr que ces différents intervenants ont tout bien préparé en amont, et qu’ils feront de même tout au long de la journée opératoire. La moindre défaillance de l’un d’entre eux peut pénaliser l’intervention et sa réussite. Si, par exemple, en cours d’opération, mon instrumentiste ne me donne pas les bons instruments, cela va compliquer mon geste et pourrait potentiellement pénaliser le résultat de l’intervention. Le chirurgien doit être exigeant, concentré, et bienveillant. Cela n’empêche pas la bonne humeur : entre deux interventions, nous aimons bien plaisanter, voire raconter des blagues ou des plaisanteries, qui détendent l’atmosphère, entretiennent la bonne humeur et le respect mutuel, et relâche la tension de l’intervention. La gestion de la « tension » est en effet importante. Il est normal qu’il y ait une tension de toute l’équipe pendant l’intervention, pour obtenir le meilleur résultat possible; mais décontraction, humour et bonne humeur entre les opérations, permettent de relâcher la « tension », et permettent de recharger « les batteries de concentration ».

De la même façon, l’équipe d’anesthésie doit être impeccable : accueillante et relaxante à l’entrée du patient, pratiquant une induction en douceur, réalisant un suivi des constantes pour éviter les modifications de tension qui pourraient être génératrices de la survenue d’un hématome ; puis en salle de réveil,  procéder à un réveil en douceur, limiter les nausées et vomissements qui pourraient favoriser un hématome, et bien sûr, bien calmer la douleur postopératoire pour empêcher des phénomènes de mémorisation douloureuse.

Le travail en équipe est ainsi fondamental : nous devons tous travailler en osmose. C’est pour cela qu’il est important que le chirurgien travaille dans la même équipe, si possible dans la même salle opératoire, avec une équipe rodée et efficace, qu’il connait bien et qu’il apprécie. Un regard bienveillant de chacun des membres de l’équipe sur les autres membres de l’équipe est la situation idéale, situation que le chirurgien doit encourager et saluer. Le travail au bloc opératoire est comme un concert réussi : tout l’orchestre doit donner le meilleur de lui-même pour que le spectacle soit le meilleur possible. Comme au spectacle, toute une préparation et toute une organisation, que le spectateur ne voit pas, sont nécessaires et fondamentales. Si par mégarde, quelque chose dérape, c’est toute l’équipe qui en souffre. Heureusement, l’expérience de chacun et le regard bienveillant des membres de l’équipe permettent  d’anticiper d’éventuels dérapages, ou d’éventuels imprévus. Il est fondamental de parler et d’encourager son équipe à parler ; si un des membres de l’équipe perçoit quelque chose d’anormal, il doit être encouragé à l’exprimer, et ceci a d’ailleurs été rappelé comme une des règles essentielles pour la « prévention des incidents au bloc opératoire », par ceux qui travaillent spécifiquement sur la sécurité opératoire.

Enfin, dans les blocs opératoires avec plusieurs salles d’intervention, un poste crucial est le ou la « chef de bloc ». La fonction de chef de bloc est une fonction d’ « éminence grise ». Cette personne doit veiller à ce que « tout fonctionne bien » : que le matériel, le personnel, les anesthésistes, les chirurgiens soient bien à l’heure, et travaillent en bonne intelligence. Cette fonction est un peu injuste : autant elle est cruciale, autant elle est parfois inconfortable, car le chef de bloc doit gérer des personnalités fortes : que sont les chirurgiens (qui ont leur propre stress en rapport avec une urgence, ou une intervention spécialement difficile), et les différents membres de l’équipe avec les contraintes et exigences propres. Il doit veiller ce que chacun joue bien son rôle, soit bien à sa place, en lieu et en heure, et doit aussi faire face aux imprévus (comme l’absence d’une infirmière pour maladie, ou une urgence chirurgicale qui se greffe sur le programme opératoire prévu), sans que cela ne perturbe le fonctionnement optimal du bloc opératoire. Le chef de bloc doit participer à créer  une bonne ambiance et un esprit d’équipe, pour faciliter la gestion des imprévus, ou des absences imprévues. Souplesse, rigueur, compétence, fermeté et bienveillance sont les qualités majeures du chef de bloc. Enfin, il doit veiller à la convivialité et à la bonne humeur, et à l’esprit de famille, de toute l’équipe du bloc, pour que chacun soit heureux d’apporter le meilleur de lui-même pour le fonctionnement optimal du bloc opératoire et la réussite des interventions.

Finalement, il faut remercier toute l’équipe, tous ces gens formidables qui nous entourent, qui donnent le meilleur d’eux-mêmes, pour que nos opérations se passent bien, que les gens soient contents et heureux de l’intervention. Merci  à vous tous ! Qui m’accompagnez quotidiennement dans notre fabuleux et fascinant pouvoir de donner du bonheur, de la liberté, et de la santé aux personnes qui nous ont fait confiance.

 

Dr Emmanuel DELAY

avatar

Dr Emmanuel DELAY

Le Docteur Emmanuel DELAY (Dr ED, Lyon) est chirurgien plasticien à Lyon. Il a été formé en France à Lyon (au CHU de Lyon Il est Ancien Interne des Hôpitaux de Lyon, ancien Chef de Clinique Assistant des Hôpitaux de Lyon, à l’Hôpital St-Luc, et au Centre Léon Bérard), à Toulouse (CHU Rangueil), en Belgique à Bruxelles (service Pr M LEJOUR), et aux ETATS UNIS, notamment à l’Emory University d’Atlanta (Pr J. BOSTWICK, Pr F NAHAI).

Related Posts

Comments are closed.

Actualités