Surpoids : quand proposer une intervention de chirurgie plastique ?

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Surpoids : quand proposer une intervention de chirurgie plastique ?

Le surpoids est un problème majeur en France, et devient un véritable problème de santé publique. La chirurgie plastique est un outil puissant dans la prise en charge de ce surpoids et, ce fait est relativement peu connu, et sans doute insuffisamment utilisé dans la prise en charge. Il est important de comprendre comment il est possible de se servir de la chirurgie plastique pour amorcer le cercle vertueux de l’amaigrissement.

 

Introduction

Le surpoids est un problème majeur en France, et devient un véritable problème de santé publique. En effet, le surpoids peut conduire à l’obésité, et cette obésité a augmenté de façon importante en fréquence puisqu’ elle représentait 8,5% de la population en 1997, et représente actuellement 15% (données chiffrées de 2012 selon l’enquête OBEPI). L’action sur ce problème est d’autant plus importante que l’on devient obèse de plus en plus jeune avec un retentissement important en terme de santé publique.

Cela est peu connu, mais la chirurgie plastique est un outil très puissant dans la prise en charge du surpoids, lorsque ce moyen est bien utilisé.

La prise en charge du surpoids repose sur le trépied : éducation alimentaire et réduction des apports alimentaires ; augmentation de l’activité physique et sportive ; traitement de l’anxiété et du stress. La chirurgie plastique, par son action puissante, peut : aider à amorcer le cercle vertueux de l’amaigrissement, aider à franchir de façon marquée une étape dans l’amaigrissement, et permettre ensuite de garder un amaigrissement de façon pérenne. Nous allons voir comment nous pouvons utiliser au mieux le moyen puissant que représente la chirurgie plastique dans la prise en charge du surpoids.

 

 

Possibilités thérapeutiques

Dans la prise en charge du surpoids, on peut retenir principalement trois interventions de chirurgie plastique, qui ont une place importante dans la prise en charge. Ce sont : la liposuccion, la réduction mammaire, et l’abdominoplastie.

La liposuccion (cf. chapitre « Liposuccion », dans «  Interventions ») est le moyen le plus efficace pour réduire de façon importante une stéatomérie (lire le chapitre «Qu’est-ce qu’une stéatomérie ?» ).  La liposuccion permet le traitement de ces zones graisseuses génétiques qui constituent un véritable réservoir à graisse. Chez ces personnes qui ont un patrimoine génétique permettant l’expression d’une stéatomérie,  lorsque les patientes ingèrent des calories en trop, l’excès est immédiatement stocké souès forme de graisse au niveau de ce système de stockage. Ce système a été mis au point pour faire face aux famines, si bien que la personne ne déstocke qu’en cas d’apport alimentaire extrêmement faible. C’est pourquoi, ces personnes ont tant de mal à maigrir. Il est donc essentiel de pouvoir réaliser une réduction de ces zones de stéatoméries par liposuccion pour aider ces personnes à perdre ces zones de surcharge graisseuse.

La réduction mammaire  (cf. chapitre « Réduction mammaire », dans « interventions ») : l’hypertrophie mammaire peut en elle-même à la source du surpoids et  peut conduire dans 20 % des cas à un surpoids, voire une obésité (la personne « enveloppe », par un excès pondéral, cet excès de féminité). D’autre part, l’hypertrophie mammaire engendre des douleurs dorsales et une gêne importante qui réduisent la possibilité d’activités physiques.  Aussi, la réduction mammaire constitue un moyen très puissant pour alléger l’organisme, et permettre la pratique d’une activité physique et d’une activité sportive, facteur majeur de réussite du traitement du surpoids, à long terme.

L’abdominoplastie (cf. chapitre « Abdominoplastie », dans « interventions ») est un moyen très puissant pour enlever le tablier abdominal, qui est très gênant, et qui alourdit et « vieillit » la silhouette. L’efficacité de l’abdominoplastie est très importante, et constitue une motivation importante pour les patientes pour perdre du poids avant et après l’intervention,  et cela constitue un moyen important pour continuer sur la lancée d’un amaigrissement vertueux.

 

 

Indications

La chirurgie plastique peut agir globalement dans quatre situations cliniques : le surpoids simple « harmonieux », le surpoids avec stéatomérie franche , le surpoids avec hypertrophie mammaire, le surpoids avec abdomen pendulum.

  • Le surpoids simple « harmonieux »:   ici l’amaigrissement est le point capital ++, et doit se faire par une prise en charge nutritionnelle, une augmentation de l’activité physique et sportive, et une prise en charge psychologique (cf. chapitre «Surpoids et obésité »).
    La chirurgie plastique  a ici une place plus marginale. Elle se tient seulement en réserve et peut être un outil d’étayage et d’accompagnement lorsque la personne a perdu du poids et vit un plateau, avec l’impression de ne plus avancer, on peut alors, dans certains cas, proposer une liposuccion pour accompagner, et aider ces personnes à franchir une étape dans l’amaigrissement. Le simple fait  d’avoir cet outil à portée de main est une aide, sans avoir réellement à l’utiliser en pratique habituelle.

 

  • Le surpoids avec stéatomérie franche: en cas de stéatomérie franche (stéatomérie abdominale, stéatomérie au niveau des culottes de cheval, stéatomérie sus-iliaque), la personne doit être conseillée, et aidée pour commencer un amaigrissement avant chirurgie (avec prise en charge nutritionnelle, augmentation de l’activité physique et sportive et prise en charge psychologique). Lorsque le patient a bien amorcé la prise en charge, et a bien adhéré à ces nouvelles habitudes, la liposuccion des stéatoméries est un outil très puissant pour enlever ces zones de stockage graisseux, qui ne s’atténuent que très peu avec l’amaigrissement, et qui constituent un frein au changement ++. La liposuccion de plusieurs litres de graisse aide beaucoup les patients à continuer dans la bonne direction. Il faut ensuite bien-sûr poursuivre l’amaigrissement lent et poursuivre les mesures hygiéno-diététiques et d’activité physique, et cela  à vie ++++. Leur possibilité de stockage génétique est à vie, il faut donc poursuivre les mesures à vie, sans aucun écart, et cela doit être formellement expliqué aux patients.

 

 

  • Le surpoids avec hypertrophie mammaire: Lorsqu’une patiente présente une hypertrophie mammaire et un surpoids, on lui conseille l’amaigrissement avant chirurgie. On estime le surpoids,  et l’on conseille de maigrir avant l’intervention, d’environ la moitié du poids à perdre (« couper la poire en deux ») grâce à une prise en charge nutritionnelle, une augmentation de l’activité physique, et une éventuelle prise en charge psychologique. Dès que la patiente a bien amorcé l’amaigrissement et sa prise en charge, on peut envisager la réduction mammaire bilatérale qui va alléger la silhouette et encourager de façon très forte la patiente dans son effort et sa poursuite d’amaigrissement.  Le fait d’être moins gênée par l’hypertrophie mammaire permet une pratique sportive plus intense,  et supprime surtout l’argument inconscient suivant : « Je ne fais pas de sport car je suis gênée par mon hypertrophie ». Les patientes sont alors au pied du mur,  et doivent restées dans la logique et la poursuite de l’amaigrissement lent avec poursuite des mesures hygiéno-diététiques à vie.

 

  • Le surpoids avec abdomen pendulum: un amaigrissement avant chirurgie est impératif avec prise en charge nutritionnelle, augmentation de l’activité physique, et éventuelle prise en charge psychologique. L’amaigrissement est important, et il s’agit même d’une condition de la prise en charge par l’assurance maladie de la dermolipectomie abdominale, qui est soumise à entente préalable. Lorsque l’amaigrissement est bien avancé, on peut envisager l’abdominoplastie, qui va modifier profondément et favorablement la silhouette de la personne, et va renforcer sa motivation pour poursuivre l’amaigrissement et poursuivre les mesures hygiéno-diététiques à vie. Il est important que le patient ne reprenne pas de poids après un dermolipectomie abdominale, pour ne pas recréer une déformation abdominale.

 

 

Conclusions

– Il est essentiel que les médecins traitants et les pédiatres soient bien au fait de la prévention du surpoids, notamment par la connaissance du concept de stéatomérie. La prévention des séquelles du surpoids est en effet fondamentale (éviter la prise de poids, activité physique importante, prise en  charge précoce des troubles anxieux). Ceci est d’autant plus pertinent, qu’il existe de façon évidente dans la famille un contexte de surpoids, souvent rajouté à un contexte génétique de stéatoméries.

– Il est important de comprendre que la chirurgie plastique est un outil très puissant de mise en œuvre du changement de vie +++, permettant l’amaigrissement de façon efficace et durable.

 

L’idée de se servir de la chirurgie plastique pour amorcer le cercle vertueux d’amaigrissement est une idée à diffuser car, dans notre pratique, elle s’est avérée très puissante dans son efficacité. La chirurgie plastique, vue sous cette angle, peut ainsi s’avérer être un élément important de santé publique, jusqu’alors sous-estimé et insuffisamment

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Dr Emmanuel DELAY

Le Docteur Emmanuel DELAY (Dr ED, Lyon) est chirurgien plasticien à Lyon. Il a été formé en France à Lyon (au CHU de Lyon Il est Ancien Interne des Hôpitaux de Lyon, ancien Chef de Clinique Assistant des Hôpitaux de Lyon, à l’Hôpital St-Luc, et au Centre Léon Bérard), à Toulouse (CHU Rangueil), en Belgique à Bruxelles (service Pr M LEJOUR), et aux ETATS UNIS, notamment à l’Emory University d’Atlanta (Pr J. BOSTWICK, Pr F NAHAI).

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